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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 22:30
Plus de fusion, mais que d'éthique !

M. Lévy a renoncé à la fusion avec Omnicom, mais pas aux leçons de morale.

Jamais un patron n'a autant que lui pensé, vécu, respiré par et pour l'éthique. Il est comme ça Maurice Lévy, à son âge, on ne le refera pas. La preuve ? Il fait partie du "comité d'éthique entrepreneuriale" du Mouvement des Entreprises de France depuis 2002. Le même a publié une tribune, il y a un peu plus de trois ans, qu'il a intitulée : "Le capitalisme d'entreprise sera éthique ou ne sera pas". Un moment rare. L'éthique, c'est toute sa vie, c'est la raison pour laquelle Maurice Lévy se laisse parfois aller à prodiguer quelques conseils à ses amis entrepreneurs. A l'été 2011, il se lance dans le "Nouvel Obs" pour clamer que, oui, il est bon que les riches paient plus d'impôts. Avec 16 dirigeants d'entreprise, tous fous d'éthique comme lui, il demande une contribution exceptionnelle de 1 à 2% sur les plus hauts revenus. En mars 2012, le voilà qui recadre le débat sur les exilés fiscaux : "S'exiler fiscalement, ce n'est pas bien. Je le pense vraiment. Et c'est valable pour Publicis comme pour moi." L'éthique, c'est un métier à plein temps.

Alors, évidemment, une telle aura morale ajoutée à sa réussite professionnelle a fait des jaloux. La fusion avortée de son groupe Publicis et d'Omnicom, géant américain de la pub, qui l'affaiblit, délie les langues. Et les médisants se lâchent.

Le St Bernard de la pub

Le projet de fusion s'est finalement brisé sur des problèmes d'ego et de gouvernance. Surtout, Maurice et ses actionnaires, Elisabeth Badinter en tête, n'auraient pas été indifférents à de basses motivations financières. La nouvelle entité, basée à Amsterdam, aurait été soumise au droit fiscal néerlandais, ce qui arrangeait bien les affaires des dirigeants du groupe.

Des soupçons odieux qui arrivent peu après un épisode vraiment pénible pour Maurice. En 2012, la presse a révélé que l'ami de l'impôt pour les riches avait empoché un bonus exceptionnel de 16 millions d'euros tout en jouant sur un mécanisme d'optimisation fiscale. Tollé. Dans les milieux patronaux, on lui a un rien scié la branche. Il a dû démissionner de la puissante Afep, qui regroupe les plus grandes entreprises de France, juste après cette regrettable affaire. Dommage, l'article 20.02 de son code de bonne conduite stipulait : "La rémunération des dirigeants doit être mesurée, équilibrée, équitable et renforcer la solidarité." Bref, un truc très éthique, tout à fait pour lui, et ils ont cru bon, ces nuls de l'Afep, de se priver d'un homme tel que lui...

Il a fait preuve d'une amertume légitime:" On a trainé dans la boue une vie de bâtisseur" a t-il lancé, avant d'ajouter: "On me reconnaît des qualités dans le monde entier, mais, ici, on me piétine."

Maurice traverse indéniablement un petit passage à vide, ce qui arrive aux meilleurs. Il va pouvoir compter sur ses réseaux, les plus efficaces de Paris. Il a fondé le Cercle de l'industrie avec DSK, il connaît Sarko comme sa poche, et Raffarin, et tant d'autres, et tous les dirigeants du CAC 40. Il avait même tenté de réconcilier Liliane Bettencourt et sa fille, et aidé Xavier Niel à se faire recevoir à l'Elysée à l'époque du rachat du "Monde". Et il pourra toujours appliquer sa technique favorite pour séduire les clients. Il papote, multiplie les compliments, se fait charmeur, puis soudain songeur: "En fait, tu sais, ce qui ne va pas, c'est ta communication, elle est nulle."S'ensuivent de nombreux coups de fil, et autant d'invitations à déjeuner dans sa somptueuse salle à manger avec vue sur l'Arc de triomphe. Au bout, il y a souvent un contrat. Il a aussi beaucoup d'amis dans la presse, ce qui explique qu'on lui ait consacré des articles ainsi titrés: "Le saint-bernard de la pub" suivi de ce sous-titre féroce: "Portrait d'un homme discret, sensible et disponible."

Un anti-Seguela

Il donne aux journalistes ce qu'ils aiment, des formules pour leurs papiers. Il se dépeint volontiers en anti-Seguela, tout en réserve et en distinction, et dit de lui-même : "Je suis le plus janséniste des Séfarades." Cela plaît beaucoup. Malgré ses contacts planétaires (il coorganise le Forum de Davos) et sa réussite éclatante, à 72 ans, on risque de lui parler à nouveau de sa succession. Il trouvera un successeur, il en connaît, des talents, c'est pas ça qui manque.

Mais, s'il tarde à les promouvoir, c'est que, répète t-il, "il y a une pression considérable pour que je reste".

Ethique, quand tu nous tiens!

Mercier Anne-Sophie Le Canard enchaîné

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