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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 18:45

Avant, on était heureux, on avait une famille, on était entouré de gens qui nous aimaient et l’avenir nous souriait. Et puis la crise est arrivée et a tout changé. Aujourd’hui, on a peur. De tout. De l’avenir, du monde qui nous entoure, de la tuile qui va nous tomber sur la tête, de notre téléviseur. Et les publicitaires l’ont bien compris.

Avant, j’étais heureuse, séduisante, j’avais une famille unie et aimante, un paquet de lessive rendait mes pulls beaux, tout doux et neufs, un seul flacon de détergent nettoyait tout du sol au plafond avec l’aide d’un joli chauve bodybuildé. Quand je cuisinais, c’était moi qui le faisais et tout le monde me complimentait.

Ouvre ton téléviseur, ouvre du bonheur
Mais ça, c’était avant. Avant que la crise et ses conséquences ne fassent irruption dans notre quotidien et que, comme toutes les bonnes choses, elles ne soient récupérées par les publicitaires !
La pub, traditionnellement, repose plutôt sur des ressorts classiques : sexe, promesses illusoires de beauté, bonheur et richesse. Ou alors sur l’humour et l’auto-dérision.
Jusqu’ici, la publicité ne jouait pas sur la peur ou sur la vie chère (ou alors il fallait que ça soit drôle). Mais sur la misère, elle évitait.

 

 


La peur, oui, mais un peu seulement, dans des campagnes de prévention de sécurité routière ou de santé publique, et encore, avec des grandes pincettes et pas mal d’édulcorant. On n’est pas chez les Anglais, quand même.
Depuis quelques temps, les choses ont changé. La crise et la menace de faillite des États européens proches de nous sont là, tout comme la précarité, l’insécurité, le chômage, les prix qui augmentent et les salaires qui stagnent, quand il y a un salaire. Bref, ce n’est pas bonjour bonjour, il y a de la joie.
Petit à petit, on constate que la peur se glisse aussi dans les spots publicitaires à la manière d’une menace sourde et angoissante qui s’infiltre dans nos écrans de téléviseurs ou d’ordinateurs. La misère comme nouveau territoire de communication, l’épée de Damoclès que nous avons désormais tous au dessus de nos têtes.

 “Venez comme vous êtes !” Même si vous êtes pauvre...
Si auparavant l’aspect économique était présenté comme l’assurance d’être plus malin que les autres, d’en avoir un maximum pour un minimum, deux voire trois pour le même prix, des idées là où les autres n’ont que du pétrole, aujourd’hui, la peur est directement mise en scène, exploitée et utilisée.
Ainsi pouvons-nous voir des pubs qui n’hésitent plus à jouer avec le délabrement des services de santé, lacherté et la dureté de la vie. “Vous êtes pauvres, ce n’est pas grave, vous nous intéressez quand même, venez donc comme vous êtes !”

 “Parce que même pauvre, je le vaux bien”
 Ces difficultés grandissantes, cette vie dure au quotidien qu’ont les gens modestes (les vrais modestes), est donc devenue un levier publicitaire comme un autre, on joue sur les peurs là où on jouait auparavant sur les rêves.
Plusieurs publicités utilisent ce levier : celles pour la vente d’or, qui vous promettent des monnaies sonnantes et trébuchantes contre un envoi anonyme et a priori bien peu contrôlé quant à sa provenance. Celles du domaine de la santé aussi (opticiens, assurance, comparateurs et mutuelles).
Si l’inaccessibilité de certains produits comme le bio, la viande ou même les légumes est utilisée par les grands supermarchés pour vendre, ce sera alors sur l’air du “vous aussi vous méritez ce qu’il y a de mieux, que ce soit des œufs bio ou de la bonne viande rouge à moins d’un euro”.
C’est le premier pas sur le chemin de la récupération du dénuement. Vous êtes pauvres mais vous pouvez quand même bien manger parce que vous le valez bien. Qu’importe si les études disent le contraire.

S’il vous en reste, on vous en prend encore
Le stade d’après, c’est vous êtes pauvres, très mal en point, mais on peut quand même vous piquer encore des sous. Et là, nous avons les pubs de rachat d’or.
On peut s’interroger sur la clientèle qui envoie effectivement ses “vieux bijoux” qu’elle ne met plus ou qui seraient, selon la pub, cassés. Cette clientèle qui à l’écran semble vouloir renvoyer son or “inutilisé” depuis un bien joli et confortable salon.
Ah tiens, j’ai un petit sac tendance à m’offrir pour faire twister ma tenue d’été, voyons voir quels bracelets et bagues j’ai bien pu encore casser cette semaine...
Et envoyons tout cet or dont je n’ai plus l’utilité à l’autre bout du monde, dans une société qui utilise le mot “postal” tel un gage de sérieux, le mot “confidentialité” à la place de “pas du tout regardant” alors qu’en fait, on n’a rien de plus qu’un joli site internet et un siège social basé dans un paradis fiscal à l’autre bout du monde. Des sociétés dont le flou qui les entoure laisse songeur.

 

 

On n’imagine pas du tout qu’il puisse s’agir de personnes dont la vente de bijoux soit le dernier recours, pas du tout. Comme on ne peut évidemment pas s’interroger sur ces acheteurs d’or qui pourraient tout aussi bien se servir de moyens pratiques, rapides et discrets pour écouler des bijoux qui ne sont pas vraiment de famille, pas du tout du tout.

Publicitaires, nous n’avons pas les mêmes valeurs
Dans le registre de la santé, là aussi, la pauvreté ne se cache plus. Au contraire, on en rit, on s’en amuse. Ah ah qu’il est drôle le monsieur, avec sa femme, à chercher ainsi un caillou sur la plage pour remplacer la couronne dentaire qu’il ne pourra pas se payer.
Ces créatifs, bon sang de bois, qu’est-ce qu’ils déchirent, grave.

 

 

Ah ah qu’il est marrant ce grand blessé à sauter ainsi de l’ambulance plutôt que de se faire hospitaliser. Et ne parlons pas de cette fille, hu hu hu, qui a une anti-sèche pour réussir son contrôle visuel.
T’as plus de pognon ? Ce n’est pas grave, tu as toujours des idées et puis il te reste de l’humour, pas vrai ? Allez quoi, rigole !

 

 

Qu’importe aussi que certains utilisent même des idées plus que douteuses, telle cette jeune fille dont on pourrait croire qu’elle est enceinte, alors que non, en fait, c’est pire, elle est myope. Rendez-vous compte, ce drame familial, hi hi hi.

 

 

Il y a quelques années encore, dans le domaine de la santé, on vendait le plus pour le moins, chez les assureurs comme les opticiens, c’était plutôt deux pour le prix d’un, ou encore “l’humain, la solidarité, l’entraide, c’est nous”.
Désormais, on a, et cela risque fort d’empirer, des annonceurs qui n’hésitent plus à mettre en scène la réalité sordide de la pauvreté, tout en la rendant glamour. C’est de la pub Coco. Pour vendre leurs produits, ils n’hésitent désormais plus à prononcer le mot “peur”. Car il s’agit bien de cela, la pub n’a jamais fait vendre, mais elle compte bien nous faire acheter.

Bienvenue dans un monde pas vraiment meilleur
Ce constat est terrifiant. Oui, terrifiant. Enfin vous, je ne sais pas, mais moi, il me terrifie car il est le constat d’une société qui ne se cache pas de rire des plus vulnérables d’entre-nous, les vieux, les pauvres, les malades, alors même qu’ils sont de moins en moins protégés et de plus en plus fragilisés.
C’est le constat d’une société qui n’hésite plus, bien au contraire, à utiliser la misère pour vendre ses barils de lessive et du temps de cerveau disponible, en jouant pour cela sur nos peurs et la déshumanisation pour mieux y arriver.
Et l’étape suivante, ce sera quoi ?  Vendre un rein ? Hu hu hu, qu’est ce qu’on se marre !

 

Par Dom B.
Chroniqueuse   http://leplus.nouvelobs.com

Édité par Sébastien Billard   Auteur parrainé par Aude Baron

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