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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 21:13

vuvuzelas1

En France aussi on a nos vuvuzelas et ils chauffent nos oreilles du matin au soir pour dénoncer notre passéisme, quand ce n'est pas notre paresse.

A la télévision, le bourdonnement des vuvuzelas, les fameuses trompettes africaines, transforme le spectacle des matchs de foot en torture de salon. Après tout, il ne s’agit que de sport, et ce n’est pas bien grave. En revanche, le débat sur les retraites a aussi ses vuvuzelas. Il s’agit de trompettes bien françaises que l’on entend sur tous les médias (ou presque), en accompagnement d’une petite musique destinée à persuader du bien fondé de la réforme préparée par le bon docteur Woerth.
 
On se croirait revenu plusieurs années en arrière, en 2005 très précisément, à l’époque où les élites chantaient en choeur les louanges du Traité Constitutionnel européen (TCE). On nous expliquait alors qu’il n’y avait pas d’autre choix possible, et que les partisans du « Non » étaient au mieux des irresponsables, au pire des apprentis fascistes. En vertu de quoi le Traité de Lisbonne mis en place par les adeptes du TCE (et qui en est la copie conforme) a volé en éclats sous les  coups de boutoir de la crise sans que ses fervents supporters n’aient émis le moindre début d’esquisse d’autocritique. Chez ces gens-là, monsieur, on ne se trompe jamais.
 
Revoilà les mêmes, ou leurs frères jumeaux, qui nous expliquent que sans faire sauter le « tabou » du droit au départ à la retraite à 60 ans, et sans augmenter la durée de cotisation, la France va couler du jour au lendemain. C’est ainsi, et cela ne se discute pas. Dès lors que les gens vivent plus longtemps, ils doivent travailler plus longtemps. Pourtant, le phénomène n’a rien de nouveau, et il n’a pas l’ampleur catastrophique décrite ici ou là.  Peu importe. Il ne faut surtout pas reconnaître que le problème numéro 1 des régimes de retraite, celui qu’il faudrait traiter en priorité, c’est l’explosion du chômage et du sous emploi.
 
Quiconque ose avancer une telle hypothèse, pourtant vérifiable aisément, se voit traiter par l’élite médiatique comme Galilée le fut par l’Eglise au temps de l’Inquisition. Faire remarquer qu’il est tout de même cocasse de demander aux salariés de travailler plus longtemps quand près des deux tiers sont exclus du marché du travail à 60 ans relève du sacrilège. Arguer que tout recul de l’âge du départ à la retraite va pénaliser les plus pauvres, ceux qui sont entrés sur le marché de l’emploi très jeunes, ou ceux qui ont eu des « trous » de cotisation, est considéré comme un crime contre l’esprit.

Pour justifier ce petit hold up, tout est bon, y compris le maquillage des comparaisons internationales, destiné à faire croire que la France constituerait une insupportable exception. Pourtant Le Monde (qui n’a pas été l’un des moins impliqués dans cette campagne) a dû finir par reconnaître qu’avec le plan concocté en haut lieu, « les Français se trouveraient, du point de vue des paramètres de la retraite, dans l’un des systèmes les moins favorables des pays industrialisés ». Pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt ? Et pourquoi, surtout, ne pas le crier plus fort ?
  
Ainsi va le (faux) débat public. Pour être « moderne », aujourd’hui, il faut dénoncer le prétendu « verrou » des 60 ans, tout comme il faut applaudir le gouvernement Zapatero, en Espagne, quand il fait exploser la législation du travail. Dans les deux cas, il importe de « rassurer les marchés », comme disent les adeptes du prêt-à-penser.
 
Après l’explosion de la crise, on avait cru comprendre qu’il fallait non pas « rassurer » les marchés, mais les réguler, autrement dit les combattre.  Erreur. Nous voilà revenus à la case départ.  Les fauteurs de crise (les marchés) qui ont vidé les caisses des Etats demandent à ces derniers de remettre les compteurs à zéro en présentant la note aux peuples. Les premiers à payer sont les retraités. Les autres suivront. Pendant ce temps, les cumulards de la retraite dorée et les roitelets de la retraite chapeau continuent leur sarabande endiablée, sous les vivats des accros du Cac 40.

Bon appétit, messieurs !

 

Jack Dion | Marianne   Mardi 15 Juin 2010

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