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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 18:11

 

Vieux-Panneau
Seb Musset - Blogueur associé | Vendredi 29 Janvier 2010

Selon la rhétorique du moment, nous serions les victimes d’ « un épineux problème », un « tabou », une « exception française » qu’il faudrait que toi, feignant et infantile travailleur pas assez productif, tu te « résignes » enfin à regarder en face.
Essayons de relativiser ce concert d’inquiétudes qui depuis 15 ans (30 si j’en crois les anciens) est censé ronger la société : « La question des retraites »

Cette interrogation crispée repose sur trois postulats rabâchés de chaînes en chaînes, dans les éditoriaux des magazines, sans parler des interventions des sbires de l’UMP passant d’un plateau à l’autre pour nous expliquer comment on a tout faux et comment ils ont tout bon :
•    L’espérance de vie a augmenté et il y aura moins d’actifs que d’inactifs en 2050.
•    La richesse de La France n’augmenterait pas dans les cinquante prochaines années.
•    On ne peut plus augmenter les cotisations sociales[1] trop coûteuses pour le travailleur.

Ces 3 postulats déliés à toutes les sauces depuis une dizaine d’années ont flingué l’espérance de mes amis trentenaires et quadras de la classe moyenne qui à force de se dire « la retraite on la touchera jamais » acceptent sans morfler que progressivement on la leur retire, voire pire.

1 / « L’espérance de vie augmente »   Oui mais pourquoi ? Et, est-ce que cela durera ? sont les vraies questions à se poser.
•   Les vieux vivent plus longtemps mais surtout leurs petits-enfants meurent moins[2]. Les maladies sont mieux soignées à tous les âges de la vie (pas si mal ce système de santé, non ?).
•  Cette amélioration continue de l’espérance de vie sur laquelle tablent nos alarmistes de la retraite est le résultat des acquis sociaux qu’ils veulent dégommer. Ne serait-ce pas parce qu’ils accèdent à la retraite à un age décent que les travailleurs d’hier vivent plus longtemps ?
Dans son souci d’une parfaite compréhension des gueux, nos apologistes de l’allongement de la durée de travail stoppent au sacrosaint « on vit plus longtemps ». De quel « on » parlent-ils ?
Ce « on » a de grandes chances de vivre en 2010, d’être à la retraite, de disposer d’un matelas confortable (patrimoine, immobilier, soins de santé bien couverts…). Notons que le « je ne toucherai pas à la retraite par répartition » du Monarque dans son sarkopiposhow du 25 janvier lui était adressé.[3]

• L’espérance de vie est liée aux conditions de travail. Vu le nombre de jeunes et de moins jeunes qui s’y ruinent la santé comme jamais dans des emplois précaires et stressants avec des horaires décalés, qui risquent potentiellement l’accident dans des temps de transport de plus en plus long pour rallier leurs habitations en 27e périphérie, sans parler de ceux qui sautent carrément par les fenêtres : cette espérance de vie risque de baisser.
…et le « trop de retraités en 2050 » ?
Tu es déprimé ? Sous-payé ? Pourtant tu fais des bébés (faut croire là aussi que notre système de couverture a son bon côté). Ça tombe bien, ils paieront tes vieux jours !
Le nombre de retraités augmentera jusqu’en 2040, mais la classe creuse née entre 1970 et 1990 procrée en masse aujourd’hui donc...

 2 / « La France ne s’enrichit pas »
A quoi cela sert que Christine Lagarde nous bassine avec la croissance comme réponse à tous les maux, si elle ne profite pas un peu au citoyen ? En 40 ans, la richesse de la France (avec un taux de croissance modéré, provoquant un orgasme tolérable pour tout économiste, de 1,7 % par an) devrait doubler. Avec une augmentation de 1 700 milliards d’euros de la richesse nationale en 2050, il devient moins compliqué de financer les 200 milliards d’euros supplémentaires nécessaires au maintien des retraites.

Malgré ce qui est ressassé et que tu finis par croire, si l’on veut débloquer de l’argent pour la défense de certains principes qui font l’excellence de notre modèle social, c’est loin d’être un souci. Il suffit simplement de prendre le pognon là où il est, dans la poche de ceux qui en ont plus qu’ils ne pourront jamais en dépenser.

Tu commences à cerner la vraie nature du « tabou » de la retraite, non ? Ce n’est pas la retraite que tu percevras (et dont on te persuade qu’il te faut abandonner de toi-même l’idée de la toucher un jour) mais bien celui de cette maudite part patronale allouée (vécue comme perturbateur de profits supplémentaires pour ses collègues de classe) qui chiffonne notre gouvernance ultra-libérale [4].

J’y viens…

 3 / « On ne peut pas augmenter les cotisations sociales. »
Vérité absolue qui met petits et puissants au diapason.
S’il y a une solution concrète (qui à l’avantage de ne pas toucher à l’âge du départ en retraite) que médias et politiques n’évoquent jamais, c’est bien celle de l’augmentation des salaires puis celle, progressive, des cotisations sociales. Nous touchons ici à l’idéologie de ceux qui vendent du « péril des retraites » à tour d’interviews.

La finalité du « tabou »
Faut t’y faire, on te dit ! Prépare ta retraite toi-même. Investis, souscris des retraites complémentaires, ouvre un PEA au gamin et réserve lui sa place en hospice.

Le triptyque gouvernement-finance-patronat concentre ses efforts médiatiques dans un seul but : fabriquer chez toi l’idée que ta retraite est « un problème » et que tu ne profiteras jamais à moins que tu ne consentes à des « sacrifices ».
Il s’agit donc pour ce pouvoir d’augmenter (sur le lit de ta résignation) la durée de la cotisation pour que tu en jouisses le moins possible, rejoignant ainsi la logique de l’assureur privé.

La retraite idéale selon le marché ? Des travailleurs lésés et des intérêts privés garantis institutionnellement.

Pour l’assureur privé, la retraite parfaite serait celle pour laquelle tu payerais toute ta vie (par obligation d’état) mais dont tu ne profiterais jamais (n’ayant éternellement jamais assez travaillé [5])

Avec la complicité d’un salarié précarisé et apeuré, nous dirigeons vers ce summum de cynisme où l’esprit de solidarité serait inscrit dans un cadre étatique pour bénéficier en priorité à quelques groupes privés ou, en langage UMP :
« cotiser plus pour percevoir que dalle »

Comptons sur nos charmants opérateurs financiers pour réinvestir tes cotisations au casino boursier. Une fois ces sommes titrisées, là d’accord : Tu pourras parler d’un problème des retraites !
Nous n’en sommes pas encore là, mais cela viendra, et plus vite qu’on ne le croit si l’on commence à rogner sur l’âge du départ à la retraite.


[1] C’est tellement pas bien qu’on appelle ça des « charges », le choix de ce terme afin de désigner le résultat de luttes syndicales dans l’intérêt exclusif du travailleur en dit long sur les intentions de celui qui l’utilise.
[2] malgré l’apparition de cet engin de malheur appelé trottinette, bien plus dangereux pour les gamins qu’internet
[3] Le retraité est aujourd’hui cajolé car il concentre le gros du fameux pouvoir d’achat et que jusqu’à présent, il vote souvent UMP. Mais cela ne durera pas. Les retraités de demain, eux, qu’ils soient sur le chemin du boulot ou du pôle emploi, sont priés de se soumettre à la logique mentale des dominants.
[4] L’idée de « retraite » est un cauchemar néolibéral, non pour l’absence de travail (la « valeur travail » cette classe la piétine personnellement depuis belle lurette) mais bien parce que la classe dominante la perçoit comme un détournement immédiat de profit.
[5] Si l’on te sort cette excuse que l’on sortait déjà il y a 30 ans, il y a de fortes chances qu’on te la resserve dans 20 ans accompagnée d’ un « bon bah maintenant, faut cotiser 50 ans. »

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