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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 18:10
Il est peut-être temps de renoncer à mon CDI-coquille vide

Blandine Grosjean - Rue 89

Après des études de pub, « réticente à l’idée de servir de serpillière pour obtenir un stage dans la publicité et finir de s’y faire essorer », Odile (ce n’est pas son vrai prénom) a revu ses ambitions à la baisse et s’est tournée vers le métier d’attachée de presse. Nous voulions qu’elle participe à notre rubrique « Travail au corps » mais elle a préféré témoigner avec ses mots d’un malaise plus profond.

Comme une partie de la génération Y à laquelle j’appartiens, je suis l’angoisse du chef d’entreprise : je n’ai jamais aimé les responsabilités et l’idée de challenge m’a toujours laissée indifférente. D’ailleurs, je n’ai jamais compris à qui s’adressaient les annonces destinées à ces amateurs de défis. Pourtant, la foule d’offres d’emplois qui leur est adressée laisse à penser qu’ils sont légion – au moins dans les fantasmes des recruteurs.

Ils sont donc autour de moi, ces travailleurs « corporate » qui acceptent avec entrain que leur vie professionnelle empiète sur leur vie privée. Et si je ne parie pas sur le moment où s’arrête le perfectionnisme et où débute la comédie, pour trouver un emploi, il a fallu me faire passer pour l’un d’eux.

Peut-être sont-ils moins nombreux que je ne le pense. Peut-être faut-il parfois leur adjoindre des personnes pouvant s’enorgueillir d’avoir fait un an de théâtre au collège – comme moi – et qui sauront feindre l’enthousiasme pour tout – et surtout pour n’importe quoi.

La maturité ou l’âge du retrait émotionnel

Suis-je inadaptée ? Est-il grave de douter de la raison d’être de son travail ? Je ne parle même pas d’utilité sociale, dans la mesure où la finalité de mon job est grosso modo d’aider des entreprises à vendre plus. D’ailleurs, à titre personnel, je suis loin d’être convaincue que les relations presse sont la panacée, c’est pourtant comme ça qu’elles sont présentées à des clients qui nous regardent avec des « 13 heures » de TF1 plein les yeux.

Je crois d’autant moins dans l’offre de service proposée par les grandes structures qui, comme la mienne, s’attachent à garantir non pas la qualité du travail de ses collaborateurs mais la fidélité de ses clients – ces deux éléments s’avérant ne pas être toujours corrélés. Finalement, persuadée de brasser du vent, je doute de ma place là-dedans.

Je souffre aussi du fait que mon manager est incapable de produire une phrase entière dans un français grammaticalement correct et d’être contrainte de garder mon sérieux lorsque j’assiste à des échanges du type :

Manager : « C’est du fine tuning dans le messaging.

Client : Exactement. »

Engluée dans mes paradoxes, je me retrouve à profiter des avantages d’un job de quasi-fonctionnaire : assise toute la journée derrière mon bureau avec une obligation de moyens de réaliser des objectifs sans fond.

Je suis adulte, je connais les règles et j’apprends tous les jours à faire avec. L’heure est au retrait émotionnel et la plupart du temps, j’arrive à accepter la vacuité des choses. J’arrive à faire avec l’obligation de feindre d’accorder de l’importance et d’investir mon énergie dans des choses qui n’ont pas de sens à mes yeux.

Pauvre petite fille riche

Je comprends que mes pleurnicheries puissent irriter certains. J’évoque le scepticisme d’une personne sinon riche (ça se saurait), du moins heureuse titulaire d’un CDI.

Je refuse de cracher dans la soupe : mon job sollicite un minimum mon intellect, je ne travaille pas à la chaîne et, pour l’heure, je ne subis pas de harcèlement moral (cette dernière variable est néanmoins la plus susceptible d’être soumise à modification).

Disons-le, mes conditions de travail sont bonnes. Qui plus est, j’apprécie la sécurité offerte par un emploi pour lequel fournir des efforts minimes suffit à en garantir la pérennité.

Une pierre dans leur jardin

Quand j’ai débuté la rédaction de ce papier, je pouvais considérer que mes propos puissent être perçus comme déplacés. Mon entreprise a pourtant eu l’occasion sur un court laps de temps de me prouver à quel point le manque de sens de mon travail était lié à un fonctionnement global brutal dans lequel l’empathie et le souci de l’autre n’ont pas leur place.

On reconnaît ces sociétés au point d’honneur qu’elles mettent à communiquer sur la nécessité de (re)placer l’humain au cœur du management, surfant sur le fantasme d’une parole performative du « dire, c’est faire ». Mais ça, comme dirait mon supérieur hiérarchique, c’est une pierre dans mon jardin.

La seule limite à ce système est que je n’ai pas encore l’âge – ou la nécessité – d’avoir complètement cédé au cynisme. La trentaine approchant, je cherche donc encore une manière de m’épanouir professionnellement et de trouver où pourrait être ma place.

Mes expériences professionnelles m’ont permis de réaliser que ce n’était pas forcément dans les emplois les plus socialement valorisés que je m’étais sentie la plus utile ou la plus épanouie. Ma seule certitude est que si je ne fais rien, tôt ou tard, cette absence de sens finira par avoir raison de ma santé mentale.

Peut-être est-il temps de renoncer au confort apparent offert par un CDI-coquille vide ? Peut-être est-il temps d’occulter mes doutes en m’installant dans un pavillon saumon à la périphérie d’une grande ville où je produirai une série d’enfants ? Le champ des possibles reste ouvert.

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Published by Super consultant
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ms outlook problems 01/08/2014 13:48

I think that’s the thing why people run behind government jobs as they provide a great deal of job security. They even provide us with a very decent pension after our retirement so that we can live our life in a better way.

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