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Sacré Jean-Pierre ! Le pape de l’interview politique a retrouvé sa langue de vipère ce matin sur Europe 1. Pour interroger qui ? Jean-Luc Mélenchon ?
Non, il était sur RTL. Bernard Thibault ? Mauvaise pioche : il y a belle lurette que ce pote de Sarkozy ne dérange plus personne à droite. Marine Le Pen ? Trop tôt. Ou trop tard.
Nabe ? A part Elie Wiesel et Tahar Ben Jelloun, Elkabach ne connait pas d'intello.
Non Elkabbach a retrouvé sa niaque pour interviewer … Sophie de Menthon, la candidate challenger de Madame Parisot.
Et là, d’emblée, la boîte à baffes était actionnée :
« Est ce que c'est pour donner plus d'éclat à sa victoire qui est déjà annoncée ? » (sous entendu : qu'est ce que tu viens foutre ta bouse dans la ferme des patrons, cocotte
?)
Et il y revient :
« Aucun dirigeant d'entreprise ne s'est lancé dans cette compétition de peur d'être écrabouillé. Qu'est ce que vous venez faire dans cette compétition, vous »? (VO :
« Tu t'es vue quand t'a bu ?»)
Troisième question : « qui vous soutient ? Aucune des fédérations ne vous soutient ? Qui vous soutient ?»
En clair : « va te cacher, tu n'as aucune chance ».
Quatrième question :« Il faut cinquante parrains pour être candidat. Vous pensez que vous les aurez ? » (sur le ton de « et mon cul c'est du poulet
? » )
Le reste est à l'avenant.
Jean-Pierre Elkabbach se lance ensuite dans un long dithyrambe sur Laurence Parisot, la seule candidate légitime à ses yeux : « Laurence Parisot a traversé une crise mondiale
historique, une crise interne du MEDEF, elle a conclu 18 accords de branche, elle a renoué le dialogue social, ça ne vous suffit pas ? »
Question de pitbull qui oblige la victime à lâcher prise et à reconnaître « le formidable bilan » de Madame Parisot. Sans lui répondre que parmi ces 18 accords évoqués, nombre d'entre
eux ne sont que des reconductions de négociations menées sous le magistère d'Ernest-Antoine Sellière, le prédécesseur de Laurence Parisot. Des reconductions signées justement faute
d'accords...
Mais le journaliste canin ne lâche pas sa proie aussi vite :
« Qui va financer cette campagne interne ? » Oui c'est vrai ça, qui? la CIA ? Le KGB ? Les caisses noires de l'UIMM ?
On souffre pour cette madame de Menthon même quand, comme c'est mon cas, on ne lui porte pas beaucoup de sympathie.
Et ça repart
« Vous avez besoin du Medef. En quoi le Medef peut-il avoir besoin de vous ? » (Tiens il se prend pour Kennedy maintenant ? )
Mais on n'a encore rien vu. Elkabbach se met maintenant à piétiner rageusement son invité (et s'il avait été obligé de la recevoir ?). Voilà que, statuts du MEDEF en mains, il affirme que Sophie
de Menthon n'est pas à jour de cotisation! Elkabbach est un journaliste bien informé!
Enfin, l'estocade arrive peu avant le gong de 8h30 :
« Pour de telles responsabilités, le Medef et le pays ont plus besoin de fortes têtes que de grandes gueules, non ? Où est la cohérence et, j'ai envie de dire, où est la
morale? »
L'allusion est claire : il s'agit de RMC - qui taille des croupières à Europe 1 depuis des années - radio « populiste » évidemment, et de l'émission (intitulée, précisément, «Les
Grandes gueules») à laquelle participe Sophie de Menthon. Ce matin, il fallait avoir pris un petit déjeuner solide avant de rentrer dans la cage de Jean-Pierre Elkabbach. Bah, ce n'est pas grave.
Demain ou après-demain, le brave homme se rattrapera avec des douceurs distribuées à un sarkozyste quelconque. Aujourd'hui c'était Radio-Parisot. Il faut bien donner le change de temps en
temps.
© Philippe Cohen - Marianne