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Un récent sondage sur la perception des managers en entreprise révèle des éléments intéressants.
Première constatation, c'est bel et bien la charge de travail ( donc celle confiée par le manager ) qui est la source de stress N°1 au travail.
Les managers sont perçus majoritairement (52%) comme peu ou pas du tout attentifs au stress de leurs équipes.
Plus grave, quand on demande aux salariés quelles actions concrètes leur manager met en place pour contribuer au bien-être au travail, les réponses sont sans appel : le management s'en contrefout.
Du coup, une très forte majorité de salariés pense que les managers devraient être évalués sur le niveau de bien-être de leur équipe.
Les révélations de ce sondage ne sont pas vraiment étonnantes.
Danièle Linhart, sociologue du travail ; directrice de recherche émérite au CNRS révèle dans une étude récente que sur la base
d'une politique d'individualisation, la "modernisation managériale" s'affirme par une politique systématique de
précarisation des salariés. Le management cherche partout à instaurer les conditions obligeant les salariés à devenir les alliés inconditionnels de leur entreprise, les relais dociles de
ses choix.
A cette fin, le management mise sur l'emploi précaire (CDD, intérim, travail à temps partiel) comme modalité disciplinaire. Et il s'évertue à précariser les salariés bénéficiant d'un emploi stable, pour asseoir sur eux une emprise sans faille.
D'après la chercheuse, le management est parti en guerre contre les ressources dont disposent les salariés stables, c'est-à-dire leur métier et leur expérience qui leur permettent de maîtriser leur fonction, d'alléger les difficultés et de se doter d'un point de vue argumenté sur leur travail opposable aux directives, aux critères et méthodologies de la hiérarchie.
Les multiples restructurations, changements qui balaient les entreprises françaises de façon frénétique ont ainsi souvent pour objectif de fragiliser des salariés qui ont sans cesse tout à réapprendre pour conserver leur poste, et qui se sentent en permanence sur le fil du rasoir face à des objectifs démesurés et des évaluations indifférentes au travail réel.
Loin de miser sur l'intelligence collective pour innover et gagner des parts de marché, le management français a opté pour une attaque en règle de la professionnalité et de l'engagement de ses salariés, compromettant leur santé physique et psychique.