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Il y a aujourd’hui un décalage manifeste entre la communication de l’entreprise, de plus en plus maigre et stéréotypée, et la voix de l’"opinion
publique".
La langue de bois, assemblage d’expressions toutes faites utilisées pour esquiver les sujets qui fâchent, est née dans le monde politique avant de s’épanouir dans
le monde de l'entreprise. Les rapports annuels d’activités, les communiqués des services de communication, en sont de parfaits exemples.
Mais aussi beaucoup de déclarations publiques réalisées par les dirigeants de grands groupes pris dans des tempêtes financières ou des scandales.
Ces discours, à force de stéréotypes, finissent par gommer l’identité des émetteurs. Tous emploient le même jargon, émaillé de termes abscons et de métaphores
systématiquement empruntées au monde de la guerre ou du sport (“C’est un peu, si l’on était ballon d’or durant 9 ans et qu’au bout de neuf ans, on reçoive les dites primes en une seule fois".
Maurice Lévy. RTL - 14-04-12) .
De plus, la majorité des interventions ignore l’intérieur des entreprises, les gens qui y travaillent et rendent possible ses fameuses « performances » :
l’interne ne représente que 0,2 % du discours patronal.
Qu’ils le veuillent ou non, les dirigeants vont être obligés de changer de discours, tant le flot des conversations des gens “normaux” tranche avec le sabir en
vogue dans les entreprises.
Les discours dans les médias, les réseaux sociaux et dans les couloirs se caractérisent en effet par un ton direct, peu formel, et une forte réactivité. Il y a donc
dissociation totale entre le discours officiel de l’entreprise et ce qui se dit, de manière informelle, sur ses activités et son organisation.
Les nouvelles habitudes d’échanges et de conversations vont imposer aux entreprises l’abandon de la langue bidon.
L’enjeu est de taille. Car, sur les réseaux sociaux et les blogs, peuvent s’exprimer non seulement les clients, toujours prompts à se plaindre des services
approximatifs et des choix stratégiques mal venus des prestataires et autres fabricants, mais les salariés eux-mêmes.
La communication officielle et désincarnée des entreprises peut vite se trouver complétée par une information plus véridique, qui permet de savoir ce qui se passe
derrière les décisions, et comment l’on travaille dans les entreprises.
Les salariés sont très demandeurs de réseaux sociaux internes. Ayant la possibilité d’échanger sur leur travail (et non pas seulement pour leur travail) et
leur entreprise, les salariés participent ainsi à la grande conversation qui remplace progressivement le discours hyper-contrôlé de la direction. La confiance s’avère ici être la valeur cardinale
de cette nouvelle circulation de la parole. Les entreprises qui ne sont pas prêtes à laisser s’exprimer leurs collaborateurs ont peur des réseaux sociaux d’entreprise.
Les entreprises sont-elles prêtes à changer tout à la fois de mode de discours et de sujets de communication, pour se rapprocher de la foule qui les observe et
instaurer de nouvelles modalités de travail ? Ce qui est certain, c’est qu’elles ne pourront pas continuer longtemps avec leurs anciens modèles. Le numérique a tout bousculé et va encore
énormément chambouler les entreprises. L’hyper contrôle et la religion du secret semblent bien difficiles à conserver. L’ère est à la circulation des idées et à la libre parole.