Les promesses de régulation d'un capitalisme hyper financiarisé doivent se traduire dans la réalité... tant l'opinion commence à en
douter.
74 % des Français ne croient pas que la crise va "changer le comportement des dirigeants économiques et financiers". Un sondage de la BBC dans 27 pays indique que 23 % des personnes interrogées
estiment qu'il faut changer de système, et 51 % que le capitalisme doit être réformé.
D’après certains experts et juristes, c’est aujourd’hui une réforme radicale de la distribution du pouvoir entre actionnaires, dirigeants et salariés au sein des
entreprises qu’il faut envisager.
L’idée dominante qui s’est imposée est que la vocation d'une entreprise est de créer de la valeur pour ses seuls actionnaires. Ces derniers devant, au nom du
"risque" qu'ils prennent comme investisseurs, contrôler sa stratégie, nommer et révoquer ses dirigeants.
Cette approche néglige le fait que les autres parties prenantes de l'entreprise, dirigeants, salariés, territoires et communautés qui les abritent, apportent
aussi un investissement à l'entreprise et prennent aussi un risque en fonction de sa performance.
Surtout, l'absence de responsabilité des actionnaires, réunis en société anonyme, leur permet de percevoir les bénéfices de la performance sans risquer les pertes
de valeur (environnementale, sociale) que l'activité de l'entreprise engendre, et pour lesquelles celle-ci est seule responsable devant les tribunaux.
Les stock-options et le pouvoir accru des actionnaires ont déséquilibré le cadre des décisions, en alignant systématiquement les intérêts des dirigeants sur ceux
des actionnaires, aux dépens des intérêts des salariés et de l'entreprise.
Ce déséquilibre est la cause essentielle de la financiarisation croissante de l'économie, des scandales des années 2000-2001 (Enron, Worldcom) annonciateurs de la crise de 2008, de la vague de
fusions-acquisitions - dont on a pu montrer par ailleurs qu'elles ont détruit plus de valeur qu'elles n'en ont créé -, des licenciements "boursiers" et des délocalisations.
En parallèle à l'envolée des rémunérations des dirigeants et actionnaires, ces évolutions ont définitivement entamé la confiance des salariés face au
"court-termisme" des décisions et provoqué une crise grave de l'engagement au travail.
Ce contexte explique aussi la montée des thèmes de la responsabilité sociale, avec l’adoption future de la norme mondiale ISO 26 000 sur l'impact environnemental et
sociétal des entreprises. Celles-ci tentent de compenser les dommages collatéraux de leurs stratégies par des décisions réparatrices pour l'environnement, le
tissu social, les salariés licenciés... Mais cette démarche "responsable" ne fait que renforcer la contradiction avec le principe de l'irresponsabilité des actionnaires ; le calcul selon lequel
la perte de valeur de marché causée par les dommages influera le comportement des actionnaires ne se vérifie guère.
Seule l'institutionnalisation, à la tête de l'entreprise, de la fusion entre détenteurs du pouvoir et de la responsabilité pourra avoir un effet.
Le modèle actuel de l’entreprise ne peut plus constituer le seul modèle, il est temps d’avancer dans d’autres voies.