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La radicalisation des conflits sociaux fait figure de nouvelle spécificité française aux yeux
des médias étrangers. Cette méthode, jusqu'ici plutôt rare, amuse autant qu'elle indigne. «L’air contrit, la mine fatiguée, la cravate débraillée, le
chef d’entreprise séquestré par ses employés est devenu l’emblème du vent de révolte qui souffle sur les usines françaises», écrit ainsi le
correspondant du quotidien suisse Le
Temps avant de revenir sur les derniers cas: Caterpillar à Grenoble, 3M à Pithiviers, Sony dans les Landes...
C'est l'épisode Caterpillar qui, le premier, a attiré l'attention des rédactions étrangères. Dont celle du New York Times, qui titre le 2
avril «Prendre les patrons en otage? En France, c'est une tactique sociale». La pratique
«n'est pas nouvelle», reconnaît le journal, mais pourrait s'amplifier au fur et à mesure que la situation économique
se dégrade. Et que les inquiets se rassurent, en France on n'affame pas les patrons, relève le journaliste: «Chez Caterpillar, ils ont relâché un cadre
qui était malade et chez 3M, ils leurs ont apporté des moules-frites.»
Le «boss-napping», comme l'appellent les médias anglo-saxons –qui pour beaucoup rappellent que la méthode a été popularisée en mai 68– est pour The Guardian «un signe clair du
réveil de l'agitation sociale en France».
Le Wall Street Journal, qui se fait lui aussi l'écho de ce phénomène «particulièrement français», a fait réagir Maurice Lévy, PDG de Publicis: «Dans le passé, les paysans s'élevaient contre leurs
seigneurs. La différence aujourd'hui, c'est que les seigneurs sont les PDG». CQFD. Impensable ailleurs, poursuit le journal dans le long article qu'il consacre à la question: «Aux Etats-Unis
et dans la plupart des autres pays, enlever un patron ne serait pas toléré. Mais en France, les gens ont de la sympathie pour ceux qui font la révolution sur les barricades - tant que personne
n'est blessé.»
Sacré Maurice ! Bientôt, il va nous vendre une campagne pour sequestrer les patrons !
Pourquoi pas
lancer une ligne de costards, special kidnapping, plus confortables pendant qu'on y est !
En Italie, la pratique surprend moins. La «chasse au patron», comme
l'appelle la Republica, n'est d'ailleurs pas un sport exclusivement français, rappelle le quotidien, qui cite l'exemple écossais: «A Edimbourg,
l'ex-administrateur de la Royal Bank of Scotland a vu sa maison prise d'assault par un groupe baptisé "les patrons des banques sont des criminels".»